John Elkington imagine la 7ème vague après le backlash RSE

(Article) – John Elkington imagine la 7ème vague après le backlash RSE

Dans cet article (court), John Elkington, consultant connu pour l’expression et le modèle de « Triple Bottom Line » (triple performance en français), propose une vision de la progression des idées autour de la RSE sous la forme de vagues avec ses reflux.

Il schématise le progrès de la RSE au travers de 6 vagues d’idées:

  • première vague: les limites de la croissance (les années du rapport Meadows) (années 70)
  • deuxième vague: les années « vertes » (années 90)
  • troisième vague: les conséquences de la mondialisation (années 2000)
  • quatrième vague: les multiples (et sans conséquences) engagements RSE (années 2010)
  • cinquième vague: Greta Thunberg et le changement de système
  • sixième vague: l’impact et l’investissement ESG

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La septième vague suivra le reflux selon lui, et elle devrait être axée sur la régénération.

La série de juillet et Août – Podcast The Europeans – La plus grande affaire climatique jamais vue

La série de juillet et Août – Podcast The Europeans – La plus grande affaire climatique jamais vue

Fil rouge de l’été: Le meilleur de la presse pour lire et écouter le bruit du monde
Petite série pour l’été 2024. Des articles, des audios, des vidéos qui feront votre bonheur pour écouter le bruit du monde. Articles primés pour leur grande qualité.

*Dans la catégorie « Politique et action climatique « : le Podcast The European parle de « La plus grande affaire climatique jamais vue »

Le podcast The Europeans nous raconte l’histoire de la plus grande action climatique jamais vue qui a été initiée par 2000 femmes suisses de plus de 65 ans qui ont poursuivi leur gouvernement en justice l’année dernière, alléguant que l’inaction face au changement climatique constituait une violation de leurs droits humains.
C’est toute la mécanique des affaires de droits humains qui est décortiquée derrière ce reportage.

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McKinsey – Retailers’ climate road map – Charting paths to decarbonized value chains

(Rapport) McKinsey – Feuille de route de décarbonation des chaines de valeurs des distributeurs
La synthèse se veut plus détaillée que d’ordinaire, le rapport est en effet extrêmement intéressant

🔹Les émissions de scope 3 des détaillants : un ensemble complexe d’émissions de la chaîne de valeur

Les émission du scope 3 dans le secteur de la distribution représentent pas moins de 98% des émissions totales du secteur. Ces émissions, qui englobent toutes les émissions indirectes générées par les activités de l’entreprise, proviennent de différentes sources, ce qui souligne le défi des détaillants :

  • l’industrie, 28,5% – l’agriculture et la foresterie, 23,6% – l’énergie, 22,6% – la mobilité, 14,8% – le bâtiment, 4,9% – les déchets, 3,9%

Environ 80% de ces émissions est généré en amont dans les chaînes de valeur. Cela inclut la production de matières premières, la fabrication des produits et leur emballage. Les 20% restants sont produits en aval, principalement lors du transport des marchandises et de l’utilisation des produits par les consommateurs.

La complexité de la tâche est amplifiée par la nature même du secteur de la distribution. Les détaillants gèrent généralement un vaste catalogue de produits, chacun ayant sa propre chaîne d’approvisionnement impliquant de nombreux fournisseurs. Cette multiplicité des produits et des acteurs, avec lesquels il est crucial de travailler pour réduire les émissions, rend la tâche de mesure, de suivi et de réduction des émissions particulièrement ardue.

🔹Le rapport examine l’exemple de 3 chaines de valeur différentes

a) Chaîne de valeur du bœuf :
La chaîne de valeur du bœuf est un exemple frappant de la complexité du scope 3. Dans ce secteur, 86% des émissions sont générées en amont, principalement dans l’élevage et la production d’aliments pour le bétail. Les défis majeurs incluent

  • la fragmentation importante des fournisseurs, avec de nombreux petits producteurs,
  • le manque de données fiables sur les émissions au niveau des exploitations,
  • et les coûts élevés des mesures de décarbonation pour les éleveurs.
    Par exemple, la transition vers un système de pâturage extensif pourrait nécessiter trois fois plus de terres et 30% de bétail supplémentaire pour produire la même quantité de viande, représentant un investissement considérable pour les éleveurs.

b) Chaîne de valeur des équipements électroniques :
Dans la chaîne de valeur des équipements électroniques, plus de 80% des émissions sont également générées en amont. Le défi principal réside dans la décarbonation de l’utilisation d’énergie par les fournisseurs, souvent situés dans des régions où l’intensité carbone du réseau électrique est élevée. Par exemple, un des plus grands fournisseurs de plaquettes de silicium est situé dans une région où environ 85% de l’électricité est générée par des combustibles fossiles. La transition vers des sources d’énergie renouvelables dans ces régions nécessite des investissements massifs et une coordination entre de nombreux acteurs.

c) Chaîne de valeur de l’habillement
Enfin, la chaîne de valeur de l’habillement présente un profil similaire avec 73% des émissions générées en amont. Les principaux défis incluent la décarbonation de l’énergie utilisée par les fournisseurs de rangs 2 et 3, souvent situés dans des pays en développement où l’accès à l’énergie propre est limité. De plus, une part importante des émissions est liée à l’utilisation des vêtements par les consommateurs (lavage, séchage), ce qui nécessite d’influencer les comportements des consommateurs, une tâche particulièrement complexe.

🔹Opportunités à court terme pour les détaillants : réduire les émissions dans les chaînes de valeur

Face à ces défis, le rapport identifie 7 thèmes de décarbonation offrant un potentiel de réduction de 55 à 65% des émissions de scope 3 d’ici 2030. Ces thèmes sont :

  1. La transition vers une énergie propre et renouvelable : Remplacer les sources d’énergie fossiles par des énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie). Par exemple, l’électrification d’une usine de viande produisant environ 5 milliards de livres de bœuf par an pourrait coûter 150 dollars par tonne de CO2 évitée, mais aurait un impact significatif sur les émissions.
  2. La réduction des émissions agricoles liées à l’élevage : Adoption de pratiques comme l’élevage sélectif pour l’efficacité, la digestion anaérobie du fumier, ou l’utilisation de compléments alimentaires pour réduire les émissions de méthane. Pour un éleveur de bovins américain typique, l’investissement pourrait atteindre 170 000 dollars, mais permettrait une réduction significative des émissions.
  3. L’adoption de pratiques régénératrices pour les intrants agricoles végétaux : Ces pratiques, comme l’utilisation de cultures de couverture ou la réduction du labour, peuvent non seulement réduire les émissions mais aussi améliorer la santé des sols. Pour un producteur de coton en Asie, cela pourrait générer des économies d’environ 180 dollars par tonne de CO2 évitée.
  4. L’augmentation de la circularité des produits et emballages : Utilisation de matériaux recyclés, mise en place de systèmes de reprise des produits, conception de produits plus durables. Dans l’industrie de l’habillement, l’utilisation de fibres de coton recyclées pourrait coûter environ 201 dollars par tonne de CO2 évitée.
  5. La réduction des déchets et l’amélioration de l’efficacité des processus : Par exemple l’optimisation des processus de production, la réduction des déchets alimentaires, et l’amélioration de l’efficacité énergétique. Réduire le gaspillage alimentaire dans la chaîne d’approvisionnement du bœuf de 15 à 20% pourrait coûter environ 59 dollars par tonne de CO2 évitée.
  6. La réduction des émissions dans les transports : Electrification des flottes de véhicules, optimisation des itinéraires, et utilisation de carburants alternatifs. L’électrification du transport dans les chaînes de valeur du bœuf, de l’électronique et de l’habillement pourrait coûter environ 111 dollars par tonne de CO2 évitée.
  7. La transition des protéines animales vers les protéines végétales : Investissements dans la R&D, la production et le marketing des alternatives végétales aux protéines animales. Le remplacement du bœuf par des protéines végétales pourrait coûter environ 36 dollars par tonne de CO2 évitée, avec un potentiel de réduction des émissions de 82% dans la catégorie du bœuf.

🔹Catalyser une décarbonation plus large : stratégies et considérations pour les détaillants

Le rapport classe les leviers en 4 groupes selon leur proximité dans la chaîne de valeur et leur faisabilité économique :

Groupe A – Leviers rentables proches : Actions qui peuvent être menées directement par les détaillants avec leurs fournisseurs immédiats. Elles ont un potentiel de réduction de 2% des émissions de scope 3. Par exemple la formation de partenariats pour faciliter l’adoption d’énergies renouvelables, mise en place d’infrastructures de recharge pour véhicules électriques.

Groupe B – Leviers rentables éloignés : Actions qui impliquent des fournisseurs plus en amont dans la chaîne de valeur et ont un potentiel de réduction de 11 à 15%. Par exemple fourniture de formation et de ressources aux agriculteurs sur les pratiques agricoles durables, collaboration avec les partenaires de la chaîne de valeur pour partager les meilleures pratiques en matière de réduction des déchets.

Groupe C – Leviers plus coûteux proches : Actions (plus coûteuses) qui offrent un potentiel de réduction significatif de 19 à 23%. Par exemple collaboration avec des partenaires de la chaîne de valeur pour soutenir la recherche sur l’avancement des mesures de durabilité, encouragement de l’adoption d’énergies renouvelables par l’engagement des fournisseurs.

Groupe D – Leviers prohibitifs éloignés : Actions les plus coûteuses et les plus difficiles à mettre en œuvre, qui offrent le plus grand potentiel de réduction, de 25 à 30%. Par exemple le lancement d’initiatives publiques-privées pour encourager l’investissement dans les technologies renouvelables, collaboration avec les partenaires de la chaîne de valeur pour investir dans l’économie circulaire.

Considérations supplémentaires pour les détaillants :

  • Défis de mesure, comptabilisation et reporting des émissions de scope 3
  • Importance de l’engagement avec le secteur public
  • Nécessité d’une action coordonnée multi-parties prenantes pour réaliser les objectifs de décarbonation

Principales conclusions :

  • Les émissions de scope 3 représentent la vaste majorité des émissions des détaillants et sont complexes à adresser.
  • Une réduction substantielle (55-65%) est possible d’ici 2030 mais nécessite des actions sur toute la chaîne de valeur.
  • Les détaillants peuvent prioriser les leviers rentables à court terme (groupes A et B) pour un impact rapide.
  • L’atteinte des objectifs de long terme nécessite une collaboration étroite avec les fournisseurs et d’autres parties prenantes.
  • Les défis de mesure et reporting doivent être adressés pour assurer la transparence et le suivi des progrès.
  • L’engagement avec le secteur public est crucial pour créer un environnement favorable à la décarbonation.

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CircuLaw – TOUS les textes du GREEN DEAL

Un rêve éveillé: TOUS les textes du GREEN DEAL réunis

Vous avez déjà essayé de récupérer les directives du green deal? Il y en a des tonnes, et qui sait comment elles se nomment, quel numéro elles ont, il faudrait être un spécialiste pour extraire cela correctement!

Et bien CircuLaw l’a fait et surtout, CircuLaw le partage généreusement!

Voici donc un PDF qui vous donne non seulement accès à tous les textes importants du Green Deal, mais vous en donne l’état (actuel) et regroupe cela par grande thématique (les petits points en dessous).
Les colonnes sont les grands titres du green deal, mais les petits points de couleurs en dessous de chaque texte vous permette de retrouver le plan d’action pour l’économie circulaire, celui pour la biodiversité, Fit for 55, farm to fork, le plan zero pollution et la stratégie de mobilité durable

Source mise à jour le 10 juillet 2024… C’est une bonne base de travail, non?

Pernod Ricard élabore 4 scénarios d’exploration du futur

Pernod Ricard élabore 4 scénarios d’exploration du futur et partage les résultats
Utile pour votre prospective

Pernod Ricard a réalisé un exercice stratégique de prospective visant à comprendre les grandes mutations climatiques et sociétales en cours, ou à l’oeuvre pour les décennies à venir. Mais pourquoi un tel exercice?

Prise de décision éclairée
En explorant divers scénarios, les dirigeants peuvent prendre des décisions plus éclairées. Cela aide à identifier les risques potentiels et à élaborer des stratégies pour les atténuer. Par exemple, comprendre comment le changement climatique pourrait affecter les ressources ou les chaînes d’approvisionnement permet de mettre en place des mesures préventives

Innovation et résilience
La prospective stimule l’innovation en encourageant les entreprises à penser en dehors des sentiers battus. Elle favorise également la résilience en préparant l’entreprise à s’adapter rapidement aux changements imprévus. Cela est crucial dans un monde où les crises peuvent survenir de manière inattendue]

Engagement des parties prenantes
Partager des scénarios prospectifs avec les parties prenantes internes et externes peut renforcer l’engagement et la collaboration. Cela crée une vision commune et encourage une réflexion collective sur les actions à entreprendre pour un avenir durable.

Alignement stratégique
Enfin, la prospective aide à aligner les actions de l’entreprise avec ses objectifs à long terme. En intégrant ces scénarios dans leur plan stratégique, les entreprises peuvent s’assurer que leurs initiatives sont cohérentes avec leur vision et leurs valeurs

Découvrez les 4 scénarios de Pernod Ricard

La lutte contre les inégalités sociales en entreprise

Les chercheur(e)s en management Thibault Daudigeos et Fiona Ottaviani abordent dans une tribune (Le Monde le 2 août 2024) la lutte contre les inégalités sociales en entreprise, angle souvent négligé de la responsabilité des entreprises

Alors que de nombreuses sociétés s’efforcent d’adapter leurs activités face aux défis environnementaux, le volet social reste fréquemment le parent pauvre de ces transformations. Pourtant, selon les auteurs, les enjeux sociaux et environnementaux sont intimement liés et constituent deux facettes d’une même crise systémique.

Les chercheurs avancent 3 arguments principaux pour inciter les entreprises à s’attaquer sérieusement aux inégalités. D’abord, les inégalités au sein d’une organisation freinent la mobilisation collective face aux défis environnementaux. Ensuite, la dégradation du tissu social affecte des ressources collectives essentielles dont bénéficient les entreprises, comme la santé publique ou la stabilité démocratique. Enfin, la paupérisation d’une partie de la population représente une menace directe pour les débouchés économiques des entreprises. (1)(2)

Pour relever ce défi, Daudigeos et Ottaviani proposent plusieurs pistes d’action. Les entreprises peuvent repenser leur impact sur les inégalités à travers leur activité principale, notamment en matière de partage de la valeur ajoutée. Elles peuvent également agir au niveau local en favorisant un meilleur partage des ressources et du pouvoir. Enfin, elles peuvent user de leur influence pour promouvoir des politiques publiques de réduction des inégalités.

La lutte contre les inégalités sociales n’est pas seulement une question éthique, mais également un impératif stratégique pour les entreprises soucieuses de leur pérennité dans un monde en mutation.

Article Le Monde

Etudes complémentaires (issues de l’article)
(1) Etude « Inequality and Environmental Sustainability »
(2) Ouvrage Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous, Kate Pickett et Richard Wilkinson, Les Petits matins, 2013

Sujets connexes traités sur la chaine RSE

  • 16 juillet : OXFAM affirme que nous ne sommes pas prêts pour le changement climatique
  • 26 juin : le salaire décent
  • 25 juin : Vers un contrat social pour le XXIe siècle (IDDRI)
  • 12 juin : Indice CSI dans le monde

La série de juillet – NDR – Le changement climatique et les riches

Fil rouge de l’été: Le meilleur de la presse pour lire et écouter le bruit du monde
Petite série pour l’été 2024. Des articles, des audios, des vidéos qui feront votre bonheur pour écouter le bruit du monde. Articles primés pour leur grande qualité.

Dans la catégorie « Justice » – NDR publie une vidéo consacrée au changement climatique et les riches
Vidéo en anglais

En menant une vie de luxe, en utilisant autant de jets privés, de yachts et de voitures, les riches sont responsables de bien plus que leur part d’émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, tout le monde, et surtout les pauvres, en subit les conséquences. La chaîne publique allemande NDR s’est penchée sur ces excès des riches et a étudié une solution potentielle : un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de dioxyde de carbone pour les particuliers. Regard nuancé sur un aspect peu exploré des inégalités climatiques.

La sidération est certainement ce que ce reportage apporte de plus fort!

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Les puits de carbone terrestres se sont effondrés en 2023

Les puits de carbone terrestres se sont effondrés en 2023 – Le Monde, d’après une étude scientifique en cours de relecture par des pairs scientifiques

L’année 2023 a marqué un tournant alarmant dans la capacité de notre planète à absorber le CO2. Une étude récente, présentée lors d’une conférence internationale au Brésil, révèle un effondrement spectaculaire des puits de carbone terrestres. Ces derniers, composés principalement des forêts et des sols, n’ont absorbé qu’entre 1,5 et 2,6 milliards de tonnes de CO2 en 2023, une chute vertigineuse par rapport aux 9,5 milliards de tonnes absorbées en 2022.

Cette diminution drastique s’explique par une série d’événements climatiques extrêmes. L’Amazonie, souvent qualifiée de poumon de la planète, a subi une sécheresse sans précédent, transformant cette région habituellement absorbante de CO2 en source d’émissions. L’hémisphère Nord n’a pas été épargné, avec des incendies gigantesques au Canada et en Sibérie qui ont considérablement réduit la capacité d’absorption des forêts.

Heureusement, les océans ont maintenu leur rôle de puits de carbone, absorbant même légèrement plus de CO2 que d’habitude, notamment grâce au phénomène El Niño. Cependant, cette compensation n’a pas suffi à contrebalancer la perte massive des puits terrestres.

Les scientifiques s’inquiètent des conséquences à long terme de cette situation. Si ce déclin des puits de carbone terrestres se poursuivait, cela pourrait entraîner une augmentation rapide du CO2 atmosphérique et accélérer le changement climatique au-delà des prévisions actuelles des modèles climatiques.

Cette étude souligne l’urgence de protéger et de restaurer nos écosystèmes terrestres, en particulier les forêts, qui jouent un rôle crucial dans la régulation du climat. Elle met également en lumière la nécessité de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, car nous ne pouvons plus compter sur la capacité de la nature à absorber une part aussi importante de nos émissions.

En conclusion, cette recherche nous rappelle que la lutte contre le changement climatique est plus urgente que jamais, et que la préservation de nos puits de carbone naturels doit être une priorité absolue dans nos stratégies d’atténuation du réchauffement global.

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PACA – quel tourisme en 2050 – scénarios par l’ADEME, Plan Bleu et GeographR

Le tourisme en Provence-Alpes-Côte d’Azur à l’horizon 2050 : quatre chemins vers l’avenir par ADEME, Plan Bleu et GeographR

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) se trouve face à un défi de taille : réinventer son modèle touristique pour répondre aux enjeux du changement climatique. L’Ademe a commandé une étude prospective pour imaginer l’avenir du tourisme dans cette région à l’horizon 2050. Les résultats, présentés sous forme de 4 scénarios, offrent un aperçu fascinant des transformations possibles de ce secteur crucial pour l’économie locale.

Avec ses 238 millions de nuitées annuelles et ses 37 millions de séjours, la région PACA est un pilier du tourisme français. Cependant, cette manne économique a un coût environnemental : le secteur génère 11,7 millions de tonnes équivalent CO₂, soit 10% des émissions du tourisme national. Face à ce constat, la nécessité d’une transition écologique s’impose.

L’étude, menée par le Plan bleu et GeorgraphR, présente 4 scénarios d’avenir pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 :

  • « Génération frugale » : Ce scénario implique des transformations profondes dans les modes de vie. Il mise sur une sobriété imposée, avec des mesures coercitives pour restreindre l’usage de l’avion et des moteurs thermiques (terre et mer), encourageant ainsi un tourisme de proximité et les mobilités douces.
  • « Coopérations territoriales » : Dans ce scénario, la société se transforme dans le cadre d’une gouvernance partagée. L’évolution des valeurs sociétales permet des investissements massifs dans l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.
  • « Technologies vertes » : Ce scénario repose sur un déploiement important de l’efficacité énergétique grâce aux technologies et au numérique, sans changement radical des modes de vie, qui gagnent toutefois en sobriété.
  • « Pari réparateur » : Ce dernier scénario mise sur le progrès économique et technologique pour gérer, voire réparer, les systèmes socio-écologiques. Il s’appuie principalement sur des technologies, dont certaines ne sont pas encore matures.

Le transport, notamment aérien, est au cœur des préoccupations. Représentant 77% des émissions du secteur touristique, dont 40% pour les seuls voyages en avion, il constitue le principal défi à relever. La région PACA, avec ses sept aéroports dont deux internationaux, attire une clientèle étrangère significative, principalement britannique, américaine, italienne et allemande.

Les scénarios les plus ambitieux en termes de réduction d’émissions misent sur une transformation profonde des mobilités. Ils prévoient le développement massif des transports en commun, du vélotourisme et des mobilités douces. À l’inverse, les scénarios plus technophiles parient sur la décarbonation de l’aviation grâce aux biocarburants et aux technologies de capture du carbone.

Au-delà des transports, c’est toute l’offre touristique qui est appelée à se réinventer. Le « slow tourism » est encouragé, privilégiant des séjours plus longs et plus axés sur la découverte de l’environnement local. L’étalement de la saison touristique sur l’année est également envisagé pour réduire la pression estivale sur les écosystèmes.

Les infrastructures touristiques devront elles aussi s’adapter. La rénovation énergétique des hébergements, la limitation des résidences secondaires et même la réduction du nombre d’établissements touristiques sur le littoral sont autant de pistes évoquées pour réduire l’impact environnemental du secteur.

L’Ademe ne se contente pas de dresser ces scénarios, elle agit déjà concrètement. Des appels à projets sont lancés pour financer le développement du vélotourisme ou la création de parcours d’interprétation environnementale. Un fonds tourisme durable propose également des financements aux hébergeurs et restaurateurs pour leurs projets de transition écologique.

Face à l’urgence climatique, la transformation du tourisme en PACA apparaît non seulement nécessaire, mais inévitable. Quelle que soit la voie choisie parmi ces quatre scénarios, elle impliquera une coordination étroite entre l’État, les collectivités territoriales, les acteurs économiques et les citoyens. L’avenir du tourisme dans cette région emblématique se jouera dans les choix qui seront faits dans les années à venir, avec à la clé un équilibre à trouver entre attractivité économique et préservation de l’environnement.

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Ils en parlent

Viser le vert, une nouvelle ambition pour les JOs par Carbon Market Watch et éclaircies

Un nouveau souffle pour les Jeux Olympiques : vers un modèle réinventé et durable par l’ONG Carbon Market Watch et le collectif éclaircies

Le rapport « Viser le vert » sur les Jeux Olympiques de Paris 2024 ne se contente pas de dresser un état des lieux, il propose une vision audacieuse pour l’avenir de cet événement planétaire. Au cœur de cette réflexion émerge une idée révolutionnaire : réinventer complètement le concept des Jeux pour les rendre véritablement compatibles avec les objectifs climatiques de l’Accord de Paris.

Imaginez des Jeux Olympiques où les disciplines seraient réparties à travers le monde, dans différentes villes choisies pour leurs infrastructures existantes. Cette proposition ambitieuse du rapport vise à transformer radicalement l’empreinte environnementale des Jeux tout en préservant leur essence universelle.

Dans ce nouveau modèle, le surf pourrait se dérouler à Bali, l’athlétisme à Nairobi, la natation à Sydney, et le cyclisme à Amsterdam. Cette décentralisation permettrait de réduire drastiquement les besoins en nouvelles constructions et limiterait les déplacements internationaux massifs, principale source d’émissions de gaz à effet de serre.

Loin d’amoindrir l’esprit olympique, cette approche l’amplifierait. Elle rendrait les Jeux plus inclusifs, permettant à un plus grand nombre de villes, y compris celles de taille moyenne, de participer à cette célébration mondiale du sport. Les spectateurs locaux auraient ainsi l’opportunité de vivre l’expérience olympique près de chez eux, réduisant la nécessité de voyages longue distance.

Cette vision s’inscrit dans une réflexion plus large sur la nécessité de repenser l’échelle des Jeux. Le rapport souligne que la taille actuelle de l’événement, avec ses millions de visiteurs concentrés en un seul lieu, n’est tout simplement pas compatible avec les impératifs climatiques actuels.

Les efforts de Paris 2024, bien que louables pour réduire de moitié l’empreinte carbone par rapport aux éditions précédentes, ne sont qu’un premier pas. Pourtant, dans une approche d’amélioration, nombre d’efforts ont été déployés:

  • Dans le domaine de la construction, l’innovation est au rendez-vous avec l’utilisation massive de matériaux biosourcés et la réutilisation ingénieuse des infrastructures existantes.
  • L’alimentation n’est pas en reste, avec un objectif ambitieux de réduire de 50% l’empreinte carbone des repas servis. Les organisateurs visent à transformer les habitudes alimentaires en proposant une offre végétarienne conséquente et en privilégiant les circuits courts.
  • L’évolution s’étend également aux transports, avec une refonte de la mobilité autour des sites olympiques. L’accessibilité en transports en commun et la promotion des mobilités douces sont au cœur de cette stratégie novatrice.

Il faut cependant aller plus loin, passer d’une approche d’optimisation à une véritable transformation.

La proposition audacieuse du rapport « passer au vert » n’est pas présentée comme une solution miracle, mais comme le point de départ d’une réflexion profonde sur l’avenir des Jeux Olympiques. C’est un défi à la hauteur de l’esprit olympique, une invitation à dépasser nos limites pour créer un événement qui inspire non seulement par ses performances athlétiques, mais aussi par son engagement envers notre planète.

Les sources:

Le collectif éclaircies : (collectif qui contribue « à la réflexion et à l’action des citoyen.ne.s sur les questions écologiques »)
l’ONG CMW – Carbon Market Watch
Le rapport de travail