(Rapport) McKinsey – Feuille de route de décarbonation des chaines de valeurs des distributeurs
La synthèse se veut plus détaillée que d’ordinaire, le rapport est en effet extrêmement intéressant
🔹Les émissions de scope 3 des détaillants : un ensemble complexe d’émissions de la chaîne de valeur
Les émission du scope 3 dans le secteur de la distribution représentent pas moins de 98% des émissions totales du secteur. Ces émissions, qui englobent toutes les émissions indirectes générées par les activités de l’entreprise, proviennent de différentes sources, ce qui souligne le défi des détaillants :
- l’industrie, 28,5% – l’agriculture et la foresterie, 23,6% – l’énergie, 22,6% – la mobilité, 14,8% – le bâtiment, 4,9% – les déchets, 3,9%
Environ 80% de ces émissions est généré en amont dans les chaînes de valeur. Cela inclut la production de matières premières, la fabrication des produits et leur emballage. Les 20% restants sont produits en aval, principalement lors du transport des marchandises et de l’utilisation des produits par les consommateurs.
La complexité de la tâche est amplifiée par la nature même du secteur de la distribution. Les détaillants gèrent généralement un vaste catalogue de produits, chacun ayant sa propre chaîne d’approvisionnement impliquant de nombreux fournisseurs. Cette multiplicité des produits et des acteurs, avec lesquels il est crucial de travailler pour réduire les émissions, rend la tâche de mesure, de suivi et de réduction des émissions particulièrement ardue.
🔹Le rapport examine l’exemple de 3 chaines de valeur différentes
a) Chaîne de valeur du bœuf :
La chaîne de valeur du bœuf est un exemple frappant de la complexité du scope 3. Dans ce secteur, 86% des émissions sont générées en amont, principalement dans l’élevage et la production d’aliments pour le bétail. Les défis majeurs incluent
- la fragmentation importante des fournisseurs, avec de nombreux petits producteurs,
- le manque de données fiables sur les émissions au niveau des exploitations,
- et les coûts élevés des mesures de décarbonation pour les éleveurs.
Par exemple, la transition vers un système de pâturage extensif pourrait nécessiter trois fois plus de terres et 30% de bétail supplémentaire pour produire la même quantité de viande, représentant un investissement considérable pour les éleveurs.
b) Chaîne de valeur des équipements électroniques :
Dans la chaîne de valeur des équipements électroniques, plus de 80% des émissions sont également générées en amont. Le défi principal réside dans la décarbonation de l’utilisation d’énergie par les fournisseurs, souvent situés dans des régions où l’intensité carbone du réseau électrique est élevée. Par exemple, un des plus grands fournisseurs de plaquettes de silicium est situé dans une région où environ 85% de l’électricité est générée par des combustibles fossiles. La transition vers des sources d’énergie renouvelables dans ces régions nécessite des investissements massifs et une coordination entre de nombreux acteurs.
c) Chaîne de valeur de l’habillement
Enfin, la chaîne de valeur de l’habillement présente un profil similaire avec 73% des émissions générées en amont. Les principaux défis incluent la décarbonation de l’énergie utilisée par les fournisseurs de rangs 2 et 3, souvent situés dans des pays en développement où l’accès à l’énergie propre est limité. De plus, une part importante des émissions est liée à l’utilisation des vêtements par les consommateurs (lavage, séchage), ce qui nécessite d’influencer les comportements des consommateurs, une tâche particulièrement complexe.
🔹Opportunités à court terme pour les détaillants : réduire les émissions dans les chaînes de valeur
Face à ces défis, le rapport identifie 7 thèmes de décarbonation offrant un potentiel de réduction de 55 à 65% des émissions de scope 3 d’ici 2030. Ces thèmes sont :
- La transition vers une énergie propre et renouvelable : Remplacer les sources d’énergie fossiles par des énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie). Par exemple, l’électrification d’une usine de viande produisant environ 5 milliards de livres de bœuf par an pourrait coûter 150 dollars par tonne de CO2 évitée, mais aurait un impact significatif sur les émissions.
- La réduction des émissions agricoles liées à l’élevage : Adoption de pratiques comme l’élevage sélectif pour l’efficacité, la digestion anaérobie du fumier, ou l’utilisation de compléments alimentaires pour réduire les émissions de méthane. Pour un éleveur de bovins américain typique, l’investissement pourrait atteindre 170 000 dollars, mais permettrait une réduction significative des émissions.
- L’adoption de pratiques régénératrices pour les intrants agricoles végétaux : Ces pratiques, comme l’utilisation de cultures de couverture ou la réduction du labour, peuvent non seulement réduire les émissions mais aussi améliorer la santé des sols. Pour un producteur de coton en Asie, cela pourrait générer des économies d’environ 180 dollars par tonne de CO2 évitée.
- L’augmentation de la circularité des produits et emballages : Utilisation de matériaux recyclés, mise en place de systèmes de reprise des produits, conception de produits plus durables. Dans l’industrie de l’habillement, l’utilisation de fibres de coton recyclées pourrait coûter environ 201 dollars par tonne de CO2 évitée.
- La réduction des déchets et l’amélioration de l’efficacité des processus : Par exemple l’optimisation des processus de production, la réduction des déchets alimentaires, et l’amélioration de l’efficacité énergétique. Réduire le gaspillage alimentaire dans la chaîne d’approvisionnement du bœuf de 15 à 20% pourrait coûter environ 59 dollars par tonne de CO2 évitée.
- La réduction des émissions dans les transports : Electrification des flottes de véhicules, optimisation des itinéraires, et utilisation de carburants alternatifs. L’électrification du transport dans les chaînes de valeur du bœuf, de l’électronique et de l’habillement pourrait coûter environ 111 dollars par tonne de CO2 évitée.
- La transition des protéines animales vers les protéines végétales : Investissements dans la R&D, la production et le marketing des alternatives végétales aux protéines animales. Le remplacement du bœuf par des protéines végétales pourrait coûter environ 36 dollars par tonne de CO2 évitée, avec un potentiel de réduction des émissions de 82% dans la catégorie du bœuf.
🔹Catalyser une décarbonation plus large : stratégies et considérations pour les détaillants
Le rapport classe les leviers en 4 groupes selon leur proximité dans la chaîne de valeur et leur faisabilité économique :
Groupe A – Leviers rentables proches : Actions qui peuvent être menées directement par les détaillants avec leurs fournisseurs immédiats. Elles ont un potentiel de réduction de 2% des émissions de scope 3. Par exemple la formation de partenariats pour faciliter l’adoption d’énergies renouvelables, mise en place d’infrastructures de recharge pour véhicules électriques.
Groupe B – Leviers rentables éloignés : Actions qui impliquent des fournisseurs plus en amont dans la chaîne de valeur et ont un potentiel de réduction de 11 à 15%. Par exemple fourniture de formation et de ressources aux agriculteurs sur les pratiques agricoles durables, collaboration avec les partenaires de la chaîne de valeur pour partager les meilleures pratiques en matière de réduction des déchets.
Groupe C – Leviers plus coûteux proches : Actions (plus coûteuses) qui offrent un potentiel de réduction significatif de 19 à 23%. Par exemple collaboration avec des partenaires de la chaîne de valeur pour soutenir la recherche sur l’avancement des mesures de durabilité, encouragement de l’adoption d’énergies renouvelables par l’engagement des fournisseurs.
Groupe D – Leviers prohibitifs éloignés : Actions les plus coûteuses et les plus difficiles à mettre en œuvre, qui offrent le plus grand potentiel de réduction, de 25 à 30%. Par exemple le lancement d’initiatives publiques-privées pour encourager l’investissement dans les technologies renouvelables, collaboration avec les partenaires de la chaîne de valeur pour investir dans l’économie circulaire.
Considérations supplémentaires pour les détaillants :
- Défis de mesure, comptabilisation et reporting des émissions de scope 3
- Importance de l’engagement avec le secteur public
- Nécessité d’une action coordonnée multi-parties prenantes pour réaliser les objectifs de décarbonation
Principales conclusions :
- Les émissions de scope 3 représentent la vaste majorité des émissions des détaillants et sont complexes à adresser.
- Une réduction substantielle (55-65%) est possible d’ici 2030 mais nécessite des actions sur toute la chaîne de valeur.
- Les détaillants peuvent prioriser les leviers rentables à court terme (groupes A et B) pour un impact rapide.
- L’atteinte des objectifs de long terme nécessite une collaboration étroite avec les fournisseurs et d’autres parties prenantes.
- Les défis de mesure et reporting doivent être adressés pour assurer la transparence et le suivi des progrès.
- L’engagement avec le secteur public est crucial pour créer un environnement favorable à la décarbonation.
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